La chirurgie de l’implant de hanche à un âge avancé est-elle sûre ?
Prendre de l’âge est un processus naturel et inévitable de la vie humaine. Cependant, l’usure des articulations qui survient au cours de cette période peut entraîner, en particulier au niveau de l’articulation de la hanche qui supporte le poids du corps, d’importantes limitations de mouvement et des douleurs réduisant fortement la qualité de vie. De nombreux patients et proches de patients âgés de 70, 80, voire 90 ans se retrouvent face au même dilemme au moment du diagnostic : « Est-il plus difficile de vivre avec ces douleurs ou de se faire opérer à cet âge ? »
Connue dans la littérature médicale sous le nom d’« arthroplastie totale de la hanche », la chirurgie d’implant de hanche (prothèse) est aujourd’hui l’une des interventions les plus fréquemment pratiquées en orthopédie et affiche des taux de réussite élevés. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un « âge avancé », les inquiétudes liées à la sécurité passent légitimement au premier plan.
Âge chronologique ou âge biologique ?
L’une des erreurs les plus courantes dans la prise de décision chirurgicale est de se focaliser uniquement sur la date de naissance figurant sur la carte d’identité. Or, dans l’approche médicale moderne, l’« âge chronologique » (âge civil) ne constitue pas, à lui seul, un obstacle. Le véritable facteur déterminant est l’« âge biologique » et l’état de santé général du patient. L’âge biologique est lié à la capacité cardiaque, aux fonctions pulmonaires, à l’équilibre métabolique et au degré de contrôle des maladies chroniques existantes.
Une personne de 80 ans menant une vie active et dont les maladies chroniques sont bien contrôlées peut être un meilleur candidat à la chirurgie qu’une personne de 65 ans présentant de multiples problèmes de santé et un mode de vie sédentaire. C’est pourquoi, lors de l’évaluation de la sécurité opératoire, on ne prend pas seulement en compte l’« âge », mais aussi le « statut fonctionnel » (réserve physiologique). Les chirurgiens et anesthésistes réalisent cette évaluation selon une approche multidisciplinaire afin d’établir une cartographie précise des risques.
« Pour les personnes âgées, l’immobilité peut représenter un risque bien plus important que la chirurgie. Chez un patient qui ne peut pas marcher en raison de la douleur, le risque de perte musculaire, d’ostéoporose, de troubles circulatoires et de dépression augmente. L’objectif principal de la chirurgie d’implant de hanche est de redonner de la mobilité au patient afin de stopper cette détérioration systémique. »
Un processus d’évaluation préopératoire approfondi
Chez les patients âgés, la clé de la sécurité chirurgicale réside dans la phase de préparation réalisée avant l’intervention. L’objectif de ce processus est d’anticiper les complications potentielles et de les minimiser. Chez les patients âgés consultant pour une fracture de la hanche ou une arthrose sévère (coxarthrose), les examens suivants sont réalisés avec la plus grande rigueur :
- Évaluation cardiovasculaire : Les fonctions cardiaques sont analysées par des spécialistes en cardiologie à l’aide d’examens tels que l’échocardiographie et le test d’effort. Si nécessaire, les traitements anticoagulants sont ajustés.
- Fonctions respiratoires : La capacité pulmonaire est mesurée afin de décider du type d’anesthésie (générale ou rachianesthésie/péridurale). Chez les patients âgés, l’anesthésie régionale (rachidienne/péridurale) est généralement privilégiée afin de maintenir la conscience du patient et de préserver le système respiratoire.
- Qualité osseuse et ostéoporose : La présence d’une fragilité osseuse détermine le mode de fixation de l’implant à l’os (prothèse cimentée ou non cimentée).
- État nutritionnel : Les paramètres nutritionnels et le taux de protéines du patient sont essentiels pour une bonne cicatrisation.
Risques et prise en charge : une vision réaliste
Aucune intervention chirurgicale n’est totalement « sans risque ». À un âge avancé, le ralentissement de la cicatrisation tissulaire et la présence de pathologies associées peuvent faire émerger certains risques. Toutefois, la médecine moderne permet aujourd’hui de rendre ces risques contrôlables. Voici les risques les plus fréquemment évoqués par les proches des patients, ainsi que les mesures mises en place :
| Facteur de risque | Situation possible | Mesures médicales et prise en charge |
|---|---|---|
| Tromboembolie (formation de caillots) | Occlusion vasculaire liée à l’immobilité. | Mobilisation précoce après l’opération (mise en marche), bas de contention et traitement anticoagulant prophylactique sont systématiquement appliqués. |
| Infection | Affaiblissement du système immunitaire. | Conditions opératoires stériles, antibiothérapie prophylactique et contrôle préopératoire des facteurs de risque tels que le diabète. |
| Luxation de la prothèse | Instabilité articulaire liée à une faiblesse musculaire. | Choix de techniques chirurgicales respectueuses des muscles, sélection d’une taille d’implant adaptée et éducation du patient en postopératoire (apprentissage des mouvements à éviter). |
| Problèmes liés à l’anesthésie | Fluctuations temporaires des fonctions cognitives. | Préférence donnée, lorsque cela est possible, à l’anesthésie régionale (rachianesthésie) afin de réduire l’impact systémique. |
Processus de récupération et importance de la rééducation
Le succès d’une chirurgie d’implant de hanche chez les patients âgés dépend non seulement de l’expertise du chirurgien, mais aussi de la prise en charge postopératoire. Grâce aux « protocoles de récupération rapide » (ERAS), l’objectif est de mettre les patients debout et de les faire marcher dans les 24 premières heures suivant l’intervention. La mobilisation précoce réduit le risque de thrombose et renforce la confiance du patient.
La durée d’hospitalisation varie généralement de 3 à 5 jours selon l’état général du patient. Après le retour à domicile, l’adhésion à la rééducation et aux programmes d’exercices à domicile détermine la longévité de l’implant et la capacité fonctionnelle du patient. Chez les patients âgés, des troubles de l’équilibre peuvent être présents ; c’est pourquoi, durant les premières semaines, l’utilisation d’un déambulateur (walker) ou d’une canne permet d’assurer une marche en toute sécurité. L’adaptation du domicile afin de prévenir les chutes (retrait des tapis, installation de barres d’appui dans la salle de bain, etc.) est essentielle pour sécuriser la phase de récupération.
Conclusion : la qualité de vie avant tout
En conclusion, un âge avancé ne constitue pas une contre-indication absolue à la chirurgie d’implant de hanche. Au contraire, pour un patient risquant de devenir dépendant du lit en raison de douleurs sévères, la chirurgie peut représenter un véritable moyen de se reconnecter à la vie. La prise continue d’antalgiques, les complications cardiaques et pulmonaires liées à l’immobilité, ainsi que l’isolement social, peuvent avoir des conséquences bien plus lourdes que les risques opératoires.
Si vous ou l’un de vos proches éprouvez des difficultés à accomplir les activités quotidiennes (aller aux toilettes, effectuer de courtes promenades, dormir) en raison de douleurs à la hanche, il est recommandé de consulter en détail un spécialiste en orthopédie et traumatologie. Grâce à une analyse personnalisée des risques et à une planification adaptée, il est possible de mener une vie indépendante et sans douleur même à 80 ou 90 ans.