Les idées reçues sur la courbure du pénis
La santé sexuelle masculine reste, dans notre société, un sujet difficile à aborder, vécu dans une grande intimité, où les croyances populaires prennent souvent le pas sur les réalités médicales. Parmi ces sujets figure en tête la « courbure du pénis » (courbure pénienne), une situation que de nombreux hommes vivent en silence, exposés à de fausses informations en cherchant une solution, et qui peut être psychologiquement éprouvante. Qu’elle soit congénitale ou liée à une maladie de La Peyronie acquise, une grande partie des informations circulant sur Internet et dans l’entourage relève malheureusement du pur « mythe urbain ».
Des croyances telles que « ça se redresse tout seul avec le temps », « c’est un signe de cancer » ou encore « si je me fais opérer, ma virilité est finie » retardent l’accès au traitement et peuvent parfois entraîner des lésions tissulaires irréversibles. Pourtant, l’urologie moderne a clairement défini les causes, les mécanismes et les protocoles de prise en charge de la courbure pénienne.
L’illusion du « ça va se corriger tout seul »
La raison principale pour laquelle les patients tardent à consulter est la croyance erronée selon laquelle la courbure se corrigerait spontanément avec le temps. Ici, le type de courbure est déterminant. S’il s’agit d’une « courbure pénienne congénitale », il s’agit d’une variation anatomique du développement. L’un des corps caverneux est plus court que l’autre. Comme une jambe plus courte que l’autre, cette situation ne s’améliore ni avec le temps, ni avec des médicaments, ni en attendant. Elle est stable depuis l’adolescence et n’a pas de solution non chirurgicale.
Si la courbure est liée à une « maladie de La Peyronie », elle peut s’aggraver ou changer de forme durant les 6 à 12 premiers mois (phase aiguë). Bien que de rares cas (moins de 10 %) puissent montrer une légère amélioration spontanée, la plaque se calcifie le plus souvent et la courbure devient permanente. Attendre entraîne généralement une aggravation de la courbure et un raccourcissement plus marqué du pénis. La stratégie du « wait and see » doit donc toujours se faire sous contrôle urologique.
L’erreur « toute courbure nécessite un traitement »
Le pénis n’a pas vocation à être parfaitement droit comme une règle. Chez de nombreux hommes, de légères courbures physiologiques (10 à 15 degrés), vers la droite, la gauche ou le haut, peuvent exister. Cela est totalement normal et ne constitue pas une pathologie. Sur le plan médical, l’indication de traitement dépend moins de l’angle que de la fonctionnalité.
Si la courbure est inférieure à 30 degrés, qu’elle ne gêne pas les rapports sexuels, qu’elle ne provoque ni douleur chez l’homme ou sa partenaire, ni détresse psychologique significative, aucun traitement médical ou chirurgical n’est nécessaire. La prise en charge est envisagée uniquement lorsque la pénétration devient difficile, impossible ou douloureuse. La recherche d’une « rectitude parfaite » peut exposer à des risques chirurgicaux inutiles.
La peur de « devenir stérile après l’opération »
La crainte majeure qui freine les hommes face à la chirurgie est la peur de perdre leur fertilité. Pourtant, il n’existe aucun lien anatomique ou physiologique entre les chirurgies de la courbure pénienne et l’infertilité. L’infertilité concerne la production des spermatozoïdes par les testicules ou les canaux qui les transportent.
Lors des chirurgies de la courbure du pénis (plicature ou greffe), l’intervention concerne uniquement le corps du pénis responsable de l’érection. Les testicules, les canaux spermatiques et le mécanisme de l’éjaculation ne sont pas touchés. Le patient conserve sa capacité à produire des spermatozoïdes et à avoir des enfants. Cette peur est totalement infondée.
Tableau : mythes courants et réalités médicales
Le tableau ci-dessous résume les croyances populaires les plus répandues et leur réalité scientifique :
| Croyance erronée (mythe) | Réalité médicale (approche scientifique) |
|---|---|
| « Les huiles végétales et les massages corrigent la courbure. » | La plaque de La Peyronie est un tissu calcifié très dur situé sous la peau. Aucun massage ni produit appliqué localement ne peut la dissoudre. |
| « La courbure du pénis est un signe de cancer. » | Les indurations de la maladie de La Peyronie sont des plaques fibreuses bénignes. Elles n’ont aucun lien avec le cancer et ne dégénèrent pas. |
| « Après l’opération, le pénis perd toute sensibilité. » | Les techniques microchirurgicales modernes préservent les nerfs péniens. Une baisse transitoire de la sensibilité peut survenir, mais la perte définitive est très rare. |
| « Cette maladie touche uniquement les hommes très âgés. » | Bien qu’elle soit plus fréquente après 40-50 ans, la maladie de La Peyronie peut également toucher des hommes jeunes (20-30 ans) présentant une prédisposition génétique ou un traumatisme. |
La crainte « l’opération entraîne forcément l’impuissance »
La dysfonction érectile est mentionnée dans la littérature comme un risque potentiel des chirurgies de la courbure pénienne, mais dire qu’elle survient systématiquement est faux. Ce risque dépend de la technique chirurgicale utilisée et de la qualité érectile du patient avant l’intervention.
Dans les chirurgies simples de redressement (techniques de plicature), le risque de trouble de l’érection est très faible. Il peut être légèrement plus élevé avec les techniques avancées (greffe). Les chirurgiens expérimentés évaluent toujours la capacité érectile préopératoire à l’aide d’examens comme le Doppler pénien. Si le patient présente déjà une dysfonction érectile significative, on privilégie une prothèse pénienne, qui corrige à la fois la courbure et le trouble de l’érection. Ainsi, la chirurgie vise à restaurer la fonction sexuelle, et non à la dégrader.
Le mythe « la maladie de La Peyronie est contagieuse »
La maladie de La Peyronie n’est ni une infection, ni un virus, ni une maladie sexuellement transmissible. Elle ne se transmet pas au partenaire et ne s’attrape pas lors des rapports sexuels. Il s’agit d’un trouble lié à la cicatrisation du tissu conjonctif, d’origine traumatique ou auto-immune. Il n’y a donc aucune raison d’éviter les rapports sexuels pour protéger le partenaire, sauf en cas de douleur ou d’obstacle mécanique.
Avertissement important : la thérapie par ondes de choc (ESWT)Ces dernières années, l’ESWT (thérapie par ondes de choc) est parfois présentée comme une solution miracle capable de « redresser » le pénis. Selon les recommandations médicales, l’ESWT ne corrige pas l’angle de la courbure. Son principal bénéfice est de réduire la douleur durant la phase aiguë et de stabiliser la plaque. Les promesses du type « on redresse votre pénis sans chirurgie » doivent être abordées avec prudence.
Conclusion : un patient informé, un traitement réussi
La courbure du pénis n’est ni honteuse ni à cacher. Il s’agit d’un problème médical avec des causes anatomiques et physiologiques, pour lequel des solutions existent. Perdre du temps à cause d’informations erronées peut entraîner une aggravation de la maladie et une souffrance psychologique accrue. La meilleure démarche consiste à consulter un urologue expérimenté, respectueux de la confidentialité, afin de déterminer s’il s’agit d’une courbure congénitale ou d’une maladie de La Peyronie, et de définir, sur des bases scientifiques, la stratégie thérapeutique la plus adaptée.